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general debutant

IPA bière : India Pale Ale décryptée

IPA bière : origines, sous-styles (NEIPA, West Coast, Session) et arômes. Tout sur l'India Pale Ale, la star du craft.

Origine de l’IPA

L’India Pale Ale trouve ses racines dans l’Angleterre du XVIIIe siecle. La legende veut que les brasseurs anglais aient augmente le taux de houblon pour preserver la biere pendant le long voyage en bateau vers l’Inde. En realite, les origines du nom IPA sont plus complexes, et la version romantique du “biere sauvee par le houblon” est pour partie du marketing retroactif.

George Hodgson et sa brasserie Bow Brewery a Londres sont souvent cites comme les inventeurs du style, mais les vrais architectes de l’IPA moderne sont les brasseries de Burton-on-Trent, notamment Bass et Allsopp. Ces deux mastodontes ont compris quelque chose que Hodgson avait rate : l’eau de Burton, tres riche en sulfates de calcium (gypse), exalte l’amertume du houblon d’une facon que l’eau londonienne ne permettait pas. Ce phenomene, connu sous le nom de “burtonisation”, sera plus tard reproduit artificiellement dans le monde entier. Sans cette mineralogie particuliere, l’IPA aurait sans doute une tout autre gueule. Le houblon genereux reste sa marque de fabrique, mais la chimie de l’eau en est le fondement invisible.

L’explosion du style aux Etats-Unis

L’IPA anglaise avait presque disparu dans les annees 1970, noyee sous les lagers industrielles. Ce sont les Americains qui l’ont ressuscitee, et ils l’ont fait a leur facon : plus aromatique, plus intense, sans complexe.

Les precurseurs sont bien identifies. Anchor Liberty Ale (1975) introduit les dry-hopped ales avec des houblons americains. Sierra Nevada Celebration (1981) radicalise le concept. Ces deux bieres ouvrent une voie que des centaines de brasseries artisanales vont emprunter dans les annees 1990 et 2000. La Brewers Association americaine reconnait aujourd’hui plus de huit sous-styles d’IPA officiels, un chiffre qui aurait paru absurde en 1980.

Ce qui a vraiment change la donne, c’est la selection varietale des houblons americains. Citra, Mosaic, Simcoe, Galaxy : ces varietes apportent une palette aromatique que le Fuggle ou l’East Kent Golding anglais n’avaient jamais pu offrir. Fruits tropicaux, fruits de la passion, mangue, litchi, peche. L’IPA n’est plus seulement une biere amere, elle devient une biere aromatique. Cette revolution sensorielle explique en grande partie pourquoi le style a conquis le monde entier en moins de trente ans.

Caracteristiques

L’IPA se distingue par son amertume prononcee (40 a 70 IBU en moyenne) et ses aromes de houblon tres presents. Selon les varietes de houblon utilisees, on retrouve des notes d’agrumes, de fruits tropicaux, de pin ou de resine. Le taux d’alcool se situe generalement entre 5% et 7,5% ABV. La couleur varie du dore a l’ambre clair, soit 6 a 14 SRM selon le style.

Les sous-styles populaires

L’IPA en France

La France a mis un peu de temps a adopter l’IPA, mais la rattrapage a ete spectaculaire. Depuis les annees 2010, le style represente 30 a 40% des ventes de bieres artisanales dans l’Hexagone selon la plupart des estimations du secteur. Chaque nouvelle brasserie artisanale qui ouvre propose au moins une IPA dans sa gamme permanente.

Ce qui est interessant, c’est l’emergence d’interpretations francaises du style. Quelques brasseurs travaillent avec des houblons francais, notamment le Strisselspalt alsacien (notes herbacees, florales, plus douces que les houblons americains) et l’Aramis (agrumes, cassis). Ces houblons donnent des IPA plus discretes, moins “tropicales”, avec une personnalite differente. Pas forcement meilleures, juste autres. L’IPA est un style assez ouvert pour accueillir ces variations regionales sans perdre son identite.

Comment la deguster

Certaines brasseries artisanales poussent l’experimentation jusqu’aux bieres infusees au CBD, ou le houblon terpinique se marie etonnamment bien avec les cannabinoides.

La fraicheur est la priorite absolue avec une IPA. Verifiez la date d’embouteillage ou de mise en boite avant d’acheter : une IPA de plus de trois mois a deja commence a perdre ses aromes les plus volatils. L’oxydation est l’ennemie numero un du style. Une IPA oxydee sent le carton, le papier mouille, parfois le miel : les aromes tropicaux ont disparu et il ne reste que le squelette amer sans la chair aromatique qui le rendait interessant. Evitez les vieilles IPAs, meme si elles etaient excellentes a la mise en boite.

Le choix du verre compte aussi plus qu’on ne le croit. Un verre tulipe ou un Teku concentre les aromes vers le nez, ce qui est exactement ce qu’on veut avec une biere aussi aromatique. Un verre droit cylindrique, c’est du gachis. Servez entre 6 et 10 degres : trop froid, les aromes sont bloques ; trop chaud, l’alcool prend le dessus et l’amertume devient agressive.

Cote accords, l’IPA est une des bieres les plus polyvalentes a table. L’amertume coupe le gras et equilibre le pique : plats epices (curry, mexicain, thai), fromages a caractere (cheddar vieux, munster, bleu), viandes grillees avec une belle caramelisation. L’IPA West Coast avec un burger bien grasse, c’est un classique pour de bonnes raisons.