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Recette farigoule: la liqueur de thym comme en Provence

Apprends à préparer la véritable farigoule, liqueur de thym provençale. Ingrédients, macération, mise en bouteille: la recette pas à pas, sans raccourci.

Par Julien Garrel ·
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Recette farigoule: la liqueur de thym comme en Provence

Premier nez: thym, miel, un fond de résine chaude comme un sentier de garrigue en juillet. On sait déjà qu’on va s’y attarder. La farigoule, cette liqueur provençale à base de thym, traîne une réputation de liqueur de grand-mère qu’elle doit à des versions industrielles trop sucrées, trop molles. La vraie farigoule, celle qu’on fait chez soi avec des branches de thym qui viennent de pousser, n’a rien d’une madeleine poussiéreuse. Elle cogne un peu, elle embaume, elle réveille une fin de repas sans effort.

La recette tient en une phrase: du thym, de l’alcool, du sucre, de l’eau, et quarante jours à attendre. Tout se joue dans les détails. Alcool à 90° mal dosé, thym trop sec, sirop insuffisamment cuit: on obtient une liqueur fade qui ne ressemble à rien.

Ce qu’il te faut, et rien de plus

L’inventaire tient sur un coin de table. Pour environ un litre de farigoule, prévois:

  • Un demi-litre d’alcool à 90°. Pas d’alcool pour fruits à 40°, pas de vodka. L’alcool neutre à 90° extrait les arômes du thym sans apporter de notes parasites.
  • Une vingtaine de grammes de thym frais, soit quelques branches. Le thym de Provence, avec ses petites feuilles grises, est parfait. Évite le thym citron, trop doux, et les sachets de thym séché, qui n’ont plus assez d’huile essentielle.
  • Un brin de romarin d’environ cinq centimètres, de préférence avec une fleur. Il arrondit le profil sans dominer.
  • 250 grammes de sucre en poudre.
  • Un demi-litre d’eau.

Côté matériel, un grand bocal en verre à large ouverture, une étamine ou un filtre à café, une casserole à fond épais, un thermomètre de cuisine et des bouteilles propres. Rien de rare.

Faire macérer le thym: quarante jours, et pas un de moins

La macération est la seule étape qu’on ne peut pas bâcler. Elle transforme l’alcool en concentré de garrigue. Raccourcie, elle donne un alcoolat de thym, pas une farigoule.

Le choix du thym

Le thym doit être frais, coupé du jour ou de la veille. Secoue les branches pour retirer la terre, mais ne les lave pas: l’eau affaiblirait l’extraction. Les fleurs, les tiges tendres, tout y passe. Place les quelques branches de thym et le brin de romarin dans le bocal, puis verse l’alcool à 90° par-dessus.

Pourquoi quarante jours?

L’essentiel des arômes se libère dans les premiers jours, mais il faut plusieurs semaines pour que l’alcool glane les composés les plus subtils, ceux qui apportent de la rondeur en bouche. Pendant ces quarante jours, stocke le bocal dans un placard à température ambiante, à l’abri de la lumière. Tous les deux jours, remue doucement. L’alcool passe d’un vert terne à un jaune profond; c’est bon signe.

Ce qui se passe dans le bocal, c’est une extraction en deux temps. L’alcool à 90° attaque d’abord les huiles essentielles de surface, celles qui donnent le nez direct: thymol, résine, une pointe de camphre. Ça va vite, quelques jours suffisent, et c’est pour ça qu’un macérat écourté sent très fort le thym. Il ne tient pourtant pas trois secondes en bouche après la déglutition.

Le deuxième temps est plus lent. L’alcool travaille les tissus de la tige et des feuilles, où dorment les composés amers et les cires végétales. Ceux-là sortent au compte-gouttes, et ce sont eux qui donnent à la farigoule sa longueur: une amertume herbacée discrète, sous le parfum, qui empêche la liqueur de s’évaporer dès qu’on a avalé. Le brin de romarin suit le même calendrier, d’où l’intérêt de le mettre au bocal dès le premier jour plutôt qu’en fin de course.

Quarante jours, c’est long. C’est aussi le seul passage de la recette où tu n’as rien d’autre à faire que secouer un bocal deux fois par semaine.

Préparer le sirop: la cuisson au petit perlé

Après quarante jours, le macérat sent puissamment le thym. Il est temps de passer au sucre. On ne verse pas simplement le sucre dans l’alcool, sous peine d’obtenir un magma collant qui refuse de se dissoudre. On prépare d’abord un sirop.

Fais chauffer le demi-litre d’eau avec les 250 grammes de sucre dans une casserole à fond épais. Porte à ébullition et maintiens une cuisson douce jusqu’au stade du petit perlé, c’est-à-dire 111 à 113 °C au thermomètre. À cette température, le sirop forme des petites bulles régulières, il nappe la cuillère sans épaissir en confiture. C’est cette cuisson qui donne du corps à la farigoule sans la faire virer au sirop lourd.

Laisse le sirop refroidir complètement. Filtre le macérat de thym à travers une étamine ou un filtre à café, puis mélange-le au sirop froid dans un saladier. Laisse reposer trois à quatre jours en remuant brièvement chaque matin. Le sucre finit de se dissoudre, les derniers résidus végétaux tombent au fond. Le mélange prend cette teinte jaune paille légèrement voilée qu’on attend.

Mise en bouteille: deux mois de silence

Filtre une seconde fois avant d’embouteiller. Verse la farigoule dans des bouteilles propres, idéalement en verre teinté pour protéger la couleur. Bouche hermétiquement et stocke à nouveau à l’abri de la lumière.

Le repos de deux mois n’est pas une coquetterie. Sans lui, l’alcool et le thym se livrent une guerre chimique qui donne une liqueur agressive, presque piquante. Avec le temps, les arômes se fondent, l’alcool s’arrondit, et la farigoule gagne cette douceur sèche qui la rend si agréable en digestif.

Les artichauts à la farigoule, l’autre recette

Une recette salée porte le même nom. Artichauts violets sautés cinq minutes à l’huile d’olive, pommes de terre, thym, vin blanc, dix minutes de mijotage. Rien à voir avec la liqueur, sinon le thym. À servir avant les digestifs.

Boire la farigoule: glacée, allongée ou en cocktail

Glacée, en petit verre après le repas. Allongée d’eau fraîche à l’apéritif. Elle supporte aussi l’audace: un trait dans une coupe de champagne donne un cocktail d’une simplicité désarmante. Tu peux également la verser sur un sorbet au citron ou l’incorporer dans une pâte à madeleine.

Si tu bois de la bière, tente l’expérience avec une Porto Ale, cette bière vieillie en fût de Porto. Le côté résineux de la farigoule répond aux notes de fruits noirs de la bière, et la sécheresse de l’alcool de thym coupe la rondeur du malt. L’association n’a rien d’évident et elle fonctionne. Si tu préfères rester dans le registre provençal, une carbonade de sanglier à la bière relevée d’herbes de garrigue prépare le terrain.

Les anecdotes sur la bière rappellent que les liqueurs artisanales ont longtemps côtoyé les brassins dans les campagnes françaises.

Questions fréquentes

Peut-on remplacer l’alcool à 90° par de la vodka?

Non, ou alors tu obtiendras une boisson différente. La vodka ne titre qu’à 40°, ce qui réduit fortement l’extraction des huiles essentielles du thym. Tu peux utiliser de l’alcool neutre à 70° si tu n’as pas accès au 90°, mais le résultat sera moins intense. Dans tous les cas, évite les alcools parfumés.

La farigoule se conserve-t-elle longtemps?

Une fois embouteillée, une farigoule bien filtrée et stockée à l’abri de la lumière se garde plusieurs années sans problème. Avec le temps, elle perd un peu de sa vivacité aromatique mais gagne en rondeur. Certains amateurs la laissent vieillir en cave comme un vin de liqueur.

Peut-on utiliser du thym séché?

Le thym séché a perdu une grande partie de ses composés volatils. Tu obtiendras une liqueur plus plate, moins aromatique. Si tu n’as vraiment que ça sous la main, double la quantité et prolonge la macération d’une semaine, mais ne t’attends pas au même résultat qu’avec du thym frais.

Pourquoi ma farigoule est-elle trouble?

Un léger voile est normal après mélange du sirop. Si la liqueur est vraiment opaque, c’est que la filtration a été insuffisante. Passe-la plusieurs fois à travers une étamine fine ou un filtre à café. Laisse reposer une nuit au réfrigérateur avant de refiltrer si nécessaire.

Thomas

Thomas

Fondateur & rédacteur

Passionné de bière et de brassage depuis 2019, Thomas partage ses découvertes et guide les amateurs à travers plus de 200 articles sur l'univers de la bière.

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Cet article est publié à titre informatif. Faites vos propres recherches avant toute décision.