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Lambic bière : la fermentation spontanée expliquée

Le lambic est une bière belge à fermentation spontanée, sans levure ajoutée : coolship, houblon suranné et maturation en fût de chêne durant plusieurs années.

Un style unique au monde

Le lambic est une bière belge produite exclusivement dans la vallée de la Senne, près de Bruxelles, et dans le Pajottenland voisin. Sa particularité fondamentale : aucune levure n’est ajoutée par le brasseur. Le moût chaud est placé dans un grand bac ouvert en cuivre appelé coolship (ou koelschip en flamand), où les micro-organismes présents dans l’air ambiant, levures sauvages Brettanomyces, bactéries lactiques Pediococcus et Lactobacillus, et bactéries acétiques, colonisent le liquide et déclenchent la fermentation.

Ce mode de production, dit à fermentation spontanée, est le plus ancien connu. Il précède de plusieurs siècles la découverte des levures par Pasteur au XIXe siècle. Les brasseurs de lambic perpétuent une tradition qui n’a pratiquement pas changé depuis le Moyen Âge.

Fabrication traditionnelle

La recette

Le grain se compose d’environ 60 à 70 % de malt d’orge pâle et de 30 à 40 % de blé cru (non malté). Le blé cru apporte des protéines qui favorisent le développement des bactéries lactiques et contribuent à la turbidité caractéristique du produit fini. Le houblon utilisé est vieilli pendant 2 à 3 ans, on parle de houblon suranné. À ce stade, il a perdu toute amertume et tout arôme, mais conserve ses propriétés antibactériennes qui protègent le moût des contaminations indésirables.

Le brassage

Le brassage suit une méthode par turbid mash, un empattage complexe qui produit un moût riche en amidon non converti et en dextrines. Ces sucres complexes servent de nourriture aux micro-organismes pendant les mois et les années de fermentation qui suivent. Le moût est ensuite porté à ébullition pendant 3 à 4 heures, bien plus longtemps que pour une bière classique.

Le refroidissement

Après ébullition, le moût est pompé dans le coolship, généralement installé sous les combles de la brasserie. Les volets sont ouverts pour laisser entrer l’air frais de la nuit. Le refroidissement prend 8 à 12 heures, pendant lesquelles les micro-organismes de l’environnement ensemencent naturellement le liquide. C’est pourquoi le brassage de lambic ne se fait qu’entre octobre et avril : les températures nocturnes doivent être suffisamment basses (entre 0 et 10 °C) pour refroidir le moût et favoriser les bonnes souches de levures sauvages.

La fermentation et la maturation

Le moût ensemencé est ensuite transféré dans des fûts de chêne (souvent d’anciens fûts de sherry, de porto ou de vin). La fermentation se déroule en plusieurs phases successives. Les Enterobacteriaceae dominent les premières semaines, suivies par Saccharomyces (1 à 2 mois), puis Brettanomyces et les bactéries lactiques prennent le relais pour les mois et les années suivantes. La maturation complète dure de 1 à 3 ans. Un lambic jeune (1 an) est vif et acide ; un lambic vieux (3 ans) est plus complexe, sec et nuancé.

Variantes du lambic

Gueuze

La gueuze est un assemblage de lambics d’âges différents, généralement un jeune (1 an), un moyen (2 ans) et un vieux (3 ans). Le mélange est mis en bouteille où les sucres résiduels du jeune lambic provoquent une refermentation naturelle. Le résultat est une bière effervescente, acide, sèche et d’une grande complexité. Une bonne gueuze rappelle le cidre sec, les agrumes, le cuir et le foin. L’étiquette « Oude Gueuze » garantit un produit traditionnel sans sucres ajoutés.

Kriek

Le kriek est un lambic dans lequel on fait macérer des cerises entières, traditionnellement la variété Schaarbeek, petite et acide. Les fruits macèrent pendant plusieurs mois, apportant couleur rose-rouge, acidité supplémentaire et arômes de cerise, d’amande et de noyau. Attention : les « kriek » industrielles sont souvent des bières sucrées aromatisées qui n’ont rien à voir avec le produit traditionnel.

Framboise

Même principe que le kriek, mais avec des framboises fraîches ou surgelées. Le résultat est plus délicat, avec une acidité vive et des notes de fruits rouges. Les versions traditionnelles restent sèches.

Faro

Le faro est un lambic auquel on ajoute du sucre candi (ou du caramel) pour adoucir l’acidité. Historiquement c’était la façon la plus courante de consommer le lambic à Bruxelles. Le style a presque disparu au XXe siècle mais connaît un modeste renouveau. On retrouve des accords similaires dans certaines recettes de bière maison.

Producteurs de référence

Les gardiens de la tradition lambic forment un petit cercle :

  • Cantillon (Bruxelles) : Le plus connu à l’international, avec une gamme qui inclut gueuze, kriek, rosé de gambrinus et des cuvées expérimentales. La brasserie est aussi un musée vivant ouvert au public.
  • 3 Fonteinen (Lot) : Assembleur devenu brasseur, reconnu pour la précision de ses gueuzes et la régularité de sa qualité.
  • Boon (Lembeek) : A joué un rôle essentiel dans la survie du lambic dans les années 1970-80 quand le style était menacé de disparition.
  • Tilquin (Rebecq) : Le plus jeune assembleur, fondé en 2009, produisant des gueuzes d’une remarquable finesse.
  • Lindemans : Produit à la fois des lambics traditionnels et des versions sucrées plus commerciales.
  • Girardin : Petit producteur discret dont les lambics sont très recherchés par les connaisseurs.

Reconnaître un vrai lambic

Un lambic authentique est sec, acide et complexe, jamais sucré ni sirupeux. Méfiance envers les produits étiquetés « lambic » mais adoucis au sirop de sucre ou aux édulcorants. L’appellation « Oude » (vieille) sur une gueuze ou un kriek signale généralement un produit traditionnel sans ajout de sucre. Le HORAL (Hoge Raad voor Ambachtelijke Lambiekbieren) défend les producteurs traditionnels et organise chaque printemps le « Toer de Geuze », une journée portes ouvertes dans les brasseries de lambic.